Par Tanja Schreiner

 

 

La France, malgré ses liens historiques forts avec l’Afrique, a longtemps ignoré la création contemporaine issue du continent africain. Cette année pourtant, Paris semble vouloir rattraper tout ce retard avec une programmation culturelle riche autour de l’Afrique. Six institutions culturelles, dont la Fondation Louis Vuitton et la Villette, ainsi qu’Art Paris Art Fair, l’une des plus importantes foires d’art contemporain en Europe, ont mis à l’honneur le continent africain en ce printemps, ce qui lui a valu le nom de « printemps africain ». Mais Paris ne se contente pas seulement d’un printemps. Après une première édition l’année dernière, qui a attiré 15 000 visiteurs, la première foire d’art en France qui se consacre exclusivement à l’art contemporain et au design africain, AKAA, reviendra au Carreau du Temple du 10 au 12 novembre 2017.

 

AKAA, qui signifie « Also known as Africa », « est notre manière d’inviter chacun à répondre à la question ce que l’Afrique est pour lui », explique Victoria Mann, fondatrice de la foire. Il ne s’agissait pas d’enfermer cette scène artistique dans une boite délimitée par les contours d’un continent, mais de mettre à l’honneur l’art des artistes – de toute nationalité – dont l’œuvre a un lien avec l’Afrique, précise la jeune franco-américaine qui, à l’origine, rêvait d’ouvrir une galerie d’art contemporain d’Afrique à Paris. C’était pourtant en préparant la participation à des grandes foires d’art pour une galerie londonienne, qu’elle s’est rendue compte que ce qu’il manquait à Paris « n’était pas une galerie de plus, mais une vraie plateforme, à la fois commerciale et culturelle, pour cette scène contemporaine d’Afrique ».

 

Cette année, AKAA a gagné en ampleur avec 36 galeries présentant 144 artistes de 28 pays. Sept nouveaux pays y seront représentés, dont la Côte d’Ivoire. Venues d’Abidjan, on verra la Fondation Donwahi, imposant espace de 1 500 m2 au cœur de la capitale économique qui depuis bientôt dix ans se consacre aux créations contemporaines africaines, et la LouiSimone Guirandou Gallery, dont la fondatrice, l’historienne de l’art Simone Guirandou, s’engage depuis une trentaine d’années déjà pour la promotion de l’art du continent africain.

 

« Un moyen d’exorcisme ou de guérison par rapport à une mémoire collective ou individuelle »

 

Le thème de la deuxième édition de AKAA sera « panser le monde », faisant référence à des processus créatifs utilisés comme « moyen d’exorcisme ou de guérison par rapport à une mémoire collective ou individuelle », explique Victoria Mann. La foire mettra ainsi la lumière sur des artistes engagés qui « pointent le doigt sur des faits contemporains ou passés qui ont affecté leur environnement », comme le sud-africain William Kentrique qui dans son art dénonce des sujets comme l’apartheid et le colonialisme ou l’artiste Nù Barreto, un des artistes présentés par la LouiSimone Guirandou Gallery, et dont l’œuvre parle du sang versé dans son pays d’origine, la Guinée-Bissau.

 

Une autre nouveauté de cette édition sera par ailleurs « AKAA Underground », un laboratoire d’art et de rencontres, où se tiendront des ateliers à destination de jeunes artistes et commissaires, des signatures de livres, des tables rondes sur divers sujets, notamment le design, qui sera davantage mis en avant cette année, des rencontres entre le public et les artistes ou encore des performances.

 

Victoria Mann se dit convaincue que ce « boom de l’art contemporain africain en France » qu’on observe actuellement n’est pas juste un effet de mode, mais qu’on avance sur un marché qui est en train de se développer de manière stable. « La France a toujours eu un peu de retard par rapport aux autres grandes villes comme Londres, New York ou Berlin. Mais elle y arrivait et elle arrive avec d’autant plus d’intérêt », estime-t-elle.

Par Rédaction ParisAbidjan le 14 septembre 2017