« Malheureusement, c’est encore une réalité en Côte d’ivoire quand il faut choisir quel enfant on envoie à l’école, on privilègie plutôt le garçon », explique Marie Kacouchia, fondatrice de Paris-Babi, une marque de décoration et d’accessoires de mode. « C’est quelque chose qui m’a vraiment bouleversée en visitant le village d’origine de ma mère, de voir des filles de mon âge qui n’ont pas eu la chance comme moi de poursuivre des études, et pour qui les perspectives d’avenir sont très limitées. »

 

Pour lutter contre la déscolarisation des jeunes filles, Paris-Babi organise donc une fois par an, depuis sa création en 2016, une grande fête solidaire à Tenkodogo-Koupela en Côte d’Ivoire. Dans le cadre de cette fête, qui réunit près de 200 enfants, ainsi que leurs parents, maîtres et les dignitaires locaux, les enfants présentent eux-mêmes des spectacles évoquant l’importance de l’école. Certains se voient également remettre une bourse scolaire.

 

© Paris-Babi

 

Grâce à une campagne de crowdfunding et des événements organisés en amont à Paris, dix filles ivoiriennes étant arrivées les premières de leurs classes, reçoivent une bourse qui, durant une année, prend en charge les frais, les fournitures et un uniforme scolaire. « L’idée est que les enfants aient envie de donner le meilleur d’eux-mêmes, de se dépasser et surtout d’encourager les enfants issus de familles vivant dans des conditions difficiles de s’accrocher », dit Marie Kacouchia.

 

Jongler avec deux cultures

 

Après une classe préparatoire littéraire, des études de commerce et une première expérience en agences de communication, la jeune Parisienne, fille d’un diplomate et d’une entrepreneuse ivoiriens, a décidé de se lancer dans l’entrepreneuriat. « Puisque j’ai eu des modèles de femmes entrepreneurs – notamment ma mère qui a longtemps travaillé dans la mode et qui a créé il y a deux ans une ferme bio non loin de Bouaflé – l’entrepreneuriat, et en particulier l’entrepreneuriat social, était quelque chose auquel j’aspirais », explique-t-elle.

 

En 2016, lors d’un voyage en Côte d’Ivoire, elle dit avoir eu « un déclic » qui lui a donné envie de promouvoir la double culture dans laquelle elle vivait. « Des personnes qui sont comme moi issues de la diaspora développent une culture qui leur est singulière, et en jonglant avec des codes de références, créent une culture à part entière. L’idée derrière Paris-Babi était de mixer mes deux influences en créant des pièces qui s’intègrent absolument dans le vestiaire d’une Parisienne, mais en y apportant des touches propres à ma culture ivoirienne. »

 

 

Elle a par exemple « inventé une nouvelle personnalité » au col claudine, un objet très classique, très français, en l’agrémentant avec du tissu wax. Marie Kacouchia tient également à s’inscrire dans une démarche écologique, qui vise à limiter les déchets, en créant des bijoux à base de chutes de tissus. Actuellement, la jeune femme dirige seule sa marque depuis la capitale française, mais collabore régulièrement avec un couturier basé à Abidjan, qui produit une partie de sa collection, ainsi qu’avec d’autres femmes entrepreneurs.

 

L’empowerment féminin à l’ivoirienne

 

« L’une des plus belles choses que j’ai découverte en me lançant dans l’entrepreneuriat est la force du réseau. Je suis entourée de beaucoup d’autres créatrices qui m’inspirent énormément et avec lesquelles j’échange beaucoup, soit parce qu’on développe une collection ensemble, soit parce qu’on crée un événement, ou tout simplement en se donnant des conseils », raconte-t-elle.

 

 

Pour le moment, ses collections ne sont disponibles qu’en France, mais la demande grandissante en Côte d’Ivoire. Elle souhaite également distribuer sa marque dans son pays d’origine. D’ici là, elle voudrait développer une ligne de sa collection dédiée au financement de la prochaine fête solidaire en décembre 2018 – une ligne de t-shirts aux coupes très classiques, avec un message brodé à la main, des phrases stimulants à l’empowerment féminin, mais façon ivoirienne, « puisqu’on a une façon de parler très sympathique », dit Marie Kacouchia en riant. Un des t-shirts portera ainsi l’inscription « go choc », la version ivoirienne de « girl boss ».

 

 

Par Tanja Schreiner

 

 

Par Rédaction ParisAbidjan le 18 avril 2018